Khalifa MBODJ : “L’opposition s’est faite avoir par Macky Sall, mais aussi la société civile et les sénégalais …”

La présidentielle du 24 février 2019 était une élection à enjeux. Les Sénégalais l’ont prouvé par leur mobilisation exceptionnelle. « Tout était fait pour qu’il y ait le changement, mais tout était fait aussi d’autre part pour résister au changement ». Au final, le président Macky Sall est élu avec plus de 58% des voix dès le premier tour.

L’opposition, tout en contestant le résultat, a affirmé tout de go qu’elle ne fera pas recours à la Cour constitutionnelle. Paradoxe ! Que conteste-t-elle alors ? Dans cet entretien  avec Khalifa Mbodj, secrétaire permanent du PUR, il décrypte pour les lecteurs de SeneNews ce rendez-vous démocratique tout en assurant mordicus que  le scrutin a été strictement transparent. Les PV utilisés par la Commission nationale de recensement des votes sont authentiques. En revanche, c’est en amont que le régime aurait tout préparé. Et in fine, c’est que l’opposition, s’est faite littéralement avoir. Quid d’une main tendue du président Sall pour la formation d’un gouvernement d’union nationale. Khalifa ne se fait pas d’illusion. Interview.

Quelles leçons tirez-vous du scrutin du 24 février dont le président Sall est déclaré élu dès le 1er tour ?

Les leçons que nous tirons de ce scrutin, c’est que c’est un scrutin où les Sénégalais ont montré une maturité. Les Sénégalais sont allés voter tranquillement et dans la paix, même si le contexte présageait des remous et des difficultés majeures. Mais non, 66% des électeurs Sénégalais sont sortis massivement voter et rentrer chez eux. Maintenant, la principale leçon que l’on peut tirer, c’est que les Sénégalais ont fait le choix de reconduire le président Macky Sall à côté où les autres candidats ont proposé les discours de ruptures, les discours d’antisystèmes, mais les Sénégalais ont choisi de reconduire le président Macky Sall.

Les résultats sont proclamés en attendant confirmation. Mais Idrissa Seck venu en deuxième position tour, en contestant ces résultats, dit qu’il ne va pas introduire un recours. Est-ce que vous comprenez cette attitude ?

Oui, je la comprends d’autant plus que c’est une déclaration qui a été signée par tous les 4 candidats de l’opposition, y compris le candidat Issa Sall. C’est une déclaration qu’ils ont faite pour rejeter tout le processus électoral et non pas les résultats.

Vous voulez dire que l’élection de Macky Sall au premier tour avec 58,27% des suffrages est a été honnête, correcte et sans truquage ?

Exactement ! Ce qui ressort des procès-verbaux qui sont sortis des bureaux de vote et des commissions de recensement des votes au niveau départemental, ce sont des PV qui sont authentiques. Il n’y a aucune manipulation de ces procès-verbaux. Maintenant ce que l’opposition rejette, c’est le processus. Depuis deux ans, Macky Sall à emprisonner des opposants, à éliminer des candidats potentiels, il a fait son parrainage, il a fait sa carte électorale à sa guise, il n’a pas donné les cartes d’électeurs à tous. C’est cela que l’opposition rejette.

Donc c’est au niveau du processus que la manipulation se serait jouée et non pas le jour du scrutin ?

Exactement, vous avez parfaitement raison. Cela s’est joué deux ans avant le scrutin, maintenant au cours du scrutin, les Sénégalais avaient cru que le tour était joué pour Macky et sont partis voter. Le président avait sciemment découpé une carte électorale favorable. Il a fait des cartes d’électeurs pour ses militants. D’ailleurs le ministre de l’Intérieur l’avait dit dans une émission télé, qu’il fera tout pour que son candidat passe. Mais on n’avait pas compris. Maintenant, c’est au soir du 24 février que nous tous nous avons compris que le ministre de l’intérieur était en train de jouer sur le processus électoral et il a gagné.

Donc pour vous l’opposition, la société civile se sont fait avoir…

L’opposition s’est faite avoir, la société civile, les Sénégalais. Et la principale leçon c’est qu’une élection, ça se prépare. C’est la principale leçon que nous retenons. Il faut faire tout pour que les gens aient leurs cartes d’électeurs, il faut tout faire pour que les Sénégalais aillent retirer leurs cartes d’électeurs, il faut tout faire pour que chaque sénégalais ait sa carte d’électeur. Ce sont les principales leçons que nous avons tiré de cette élection.

Quelle lecture faites-vous du score du PUR, classé 3è avec 4,07% ?

Nous nous sommes très satisfaits de notre score parce que contrairement à ce que les gens pensent, le PUR a fait un bond de plus de 25.000 voix par rapport aux législatives. Aux Législatives nous avions eu 155.000 voix, aujourd’hui, on se retrouve avec 178.000 et quelques voix. Donc c’est un bond de plus de 23.000 électeurs.

 Il reste qu’on ne peut comparer une présidentielle à des Législatives…

Il est vrai que ce sont deux élections différentes, mais sur le plan du score, on retient que notre projet de société a eu l’adhésion de 22000 nouveaux Sénégalais. Donc ça c’est une leçon très positive. Maintenant, nous aimerions bien gagner. On espérait avoir plus. Maintenant on s’est dit qu’on va redoubler d’effort parce qu’aujourd’hui qu’est-ce qu’il faut savoir ? Que l’offre que nous avons faite c’est une offre portée sur les valeurs, portée sur la transparence, sur l’éthique en politique et les Sénégalais l’on sanctionnée très positivement en adhérant à notre projet de société. Maintenant on va redoubler d’effort, on va rester dans le champ politique et proposer de nouvelles choses aux Sénégalais en espérant qu’un jour l’heure du PUR va sonner.

Quelle va être l’attitude de l’opposition aujourd’hui après la confirmation des résultats sachant qu’elle conteste l’issu du scrutin tout en s’apercevant qu’elle s’est faite avoir ?

Moi je pense que l’opposition, dans sa globalité, ne va pas demander aux populations de sortir. Si vous entendez les leaders politiques, aucun leader n’a demandé à ce que ses militants sortent. Non, c’était des manifestations très spontanées. Les gens sont sortis et il  a eu 20 arrestations. C’est normal dans une démocratie que les gens sortent pour dire ce qu’ils ont à dire. Mais les arrêter comme ça, ce sont des arrestations arbitraires qui peuvent inaugurer des lendemains incertains. On pense à la Côte d’Ivoire, on pense à des pays qui ont frôlé le pire. Donc ce n’est pas le moment de faire des arrestations arbitraires. Et l’opposition, je pense qu’elle va rester dans son rôle d’opposant, de travailler dure sur le terrain et de se préparer pour les prochaines échéances parce que dans dix mois, on va aller vers les locales et le président se dit est-ce qu’on ne va pas coupler les locales et les législatives. Ça veut dire qu’il y a un travail à faire.

C’est un souhait pour voir de voir ces deux élections coupler ?

Oui, c’est un souhait de les coupler. C’est même avantageux pour le président de les coupler. Ça va lui donner un avantage 4 ou 5 ans pour travailler et ne pas penser à d’autres élections. Mais si on organise les locales dans 10 mois et que en 2022, on organise les élections législatives, ça peut perturber. Le président ferait mieux de coupler ça et  … 4 ans pour réaliser les ambitions qu’il a pour le Sénégal.

Khalifa Mbodj, l’opposition prend acte de son échec à cette présidentielle. Qu’attend cette opposition du président Sall pour son dernier mandat ?

Aujourd’hui, les chantiers qui s’ouvrent c’est le renforcement de la démocratie, nous sommes dans un pays où les élections l’ont montré, il n’y a pas une réelle démocratie. On parle même d’une démocratie électorale, il faut dépasser ça. Aujourd’hui la vraie démocratie, c’est l’économie, c’est la démocratie sociale. C’est que les Sénégalais puissent accéder aux ressources. C’est une bonne gouvernance. Le président se targue d’avoir réalisé les infrastructures. C’est bien de réaliser les infrastructures. Mais aujourd’hui, on a des problèmes dans la gouvernance réelle, l’éthique dans la gouvernance. Aujourd’hui, il y a tellement de rapports qui ne sont pas encore diligentés et dont le président a mis le coude dessus.

La demande sociale aussi. Aujourd’hui les gens sont fatigués au Sénégal. Les gens continuent à avoir les bourses sociales alors que ce qu’on devrait avoir, c’est une économie inclusive, assez inclusive pour que tout le monde s’y retrouve. Les chantiers auxquels le président doit s’attaquer, c’est l’éducation. Le front éducatif est toujours en ébullition.  Et je pense que le président Macky Sall n’a pas droit à l’erreur. Heureusement qu’il a annoncé quelques mesures. Il a parlé de trois nouveaux projets, 5 nouveaux axes. Je pense que fondamentalement, c’est la question de la mal gouvernance, la question de la justice sociale, dont le président doit s’attaquer.

Si le président Sall, dans le but de baisser la tension et de rassembler toutes les forces vives de la nation ,tend la main à l’opposition en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale, est-ce que l’opposition, le PUR en l’occurrence, accepterait cette main tendue ?

Bon on va attendre de le voir. Mais nous ne croyons pas à cette forme de gouvernance de Macky Sall parce que c’est quelqu’un qui a toujours eu une chose dans un coin de la tête. Une phrase qu’il faut retenir : « Je vais réduire l’opposition à sa plus simple expression ». C’est venu de sa bouche. Donc cela nous étonnerait que Macky Sall puisse appeler les gens à travailler ensemble. Il aurait été un homme de vision, un président de tout le monde, il l’aurait fait.  Mais le président Macky Sall n’est pas quelqu’un qui a une vision assez éloignée de Diamniadio. Donc sa vision s’arrête à Diamniadio. Lui il pense toujours gouverner par la force, par l’élimination de ses adversaires. Donc ce n’est pas lui qui va appeler les gens à travailler ensemble.

Source : Senenew

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