Le Président qui courait derrière ses ministres ! (Par Momar Dieng)

Le jeu en devient pathétique ! Il perdure depuis plusieurs années et finit par être ridicule. Quand le Président de la République court ou fait semblant de courir derrière ses ministres (et autres DG et hauts fonctionnaires) pour qu’ils déclarent leur patrimoine afin d’être en règle avec la loi, il ne semble pas mesurer l’effet désastreux et ringard de cette communication de la course-poursuite. On en vient à penser que Macky Sall est en plein dans un théâtre politicien qui, du reste, n’honore ni sa fonction ni sa personne.

Alors qu’il détient des pouvoirs exorbitants qu’il exerce sans contre-pouvoirs institutionnels ou politiques, plusieurs hypothèses restent plausibles pour expliquer sa passivité-complicité avec les récalcitrants.

  • Primo, il rencontre une vraie résistance chez certains de ses ministres opposés à cet exercice de transparence pour des raisons qui leur sont propres.
  • Deuxio, agacé par ces derniers, il en prend prétexte pour envisager de les écarter du futur gouvernement qui serait en gestation, d’où l’évocation de la question en conseil des ministres du 15 juillet.
  • Tertio, il tente de se payer un certificat de héraut de la transparence sur fond de dilatoire. Quarto, et c’est l’hypothèse la plus dangereuse, Macky Sall a perdu toute crédibilité auprès de collaborateurs qui ont pu documenter que, sur ce volet précis de transparence, il ne saurait être un modèle pour eux.

Le pays entier sait que dans sa déclaration de patrimoine de 2012, le Président Sall n’a déclaré aucun franc dont il serait le possesseur. Est-ce sérieux pour un notable de la République vivant aux crochets des contribuables et de l’Etat depuis presque deux décennies mise à part sa traversée du désert entre 2008 et 2011 ?

Cette impuissance volontaire d’un Président qui a décidé d’être aveugle sur les brigandages de ses partisans à tous les étages de l’Etat et de la République, au détriment des intérêts nationaux, est une constante fondamentale de sa gouvernance. Elle s’inscrit dans une logique de copinage et de business conforme à sa conception vitale du pouvoir comme instrument de manipulation au service de son agenda.

A ces fins là, Macky Sall n’hésite pas à sacrifier ce que notre pays a acquis de plus essentiel depuis 60 ans pour son Administration : compétence, crédibilité et qualité. Le Rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE) sur l’état de la gouvernance et de la reddition des comptes apparait comme un énième rappel à l’ordre contre la fragilisation rampante de l’Etat et de ses démembrements à travers la sacralisation de l’impunité que confère l’appartenance à la sphère du parti-Etat.

Laisser-faire pour ne pas punir, laisser-pourrir pour faire oublier : tel semble être le code de conduite du Président de la République à l’égard de ses collaborateurs en procès devant le tribunal de l’opinion.

Il est vrai que, entre ceux qui volent des gazelles oryx, qui accaparent des terres rurales, qui s’offrent des zones de forêts classées, etc., il peut être souvent difficile de mettre un holà à la prédation ! Mais quand le Président de la République laisse faire à ce point, il est sur un autre registre : l’abandon de poste.

MOMAR DIENG


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