Les mille et une raisons du boycott de l’opposition «significative» !

Aujourd’hui, 21 novembre, se tiennent les concertations entre pouvoir et opposition sur le processus électoral, sous la conduite du ministre de l’Intérieur, Aly Ngouile Ndiaye. Mais, sûrement sans la présence de l’opposition dite «significative», qui a émis ses raisons.

C’est comme à la guerre, chaque camp défend sa position, son terroir. Et dans ce très glissant landerneau politique sénégalais, chaque parti ou coalition de partis met en avant ses intérêts. En évitant d’être pris au dépourvue, afin de ne pas tomber de son piédestal. La balle est lancée. La cartographie des potentiels participants à l’appel aux échanges sur le processus électoral du 21 novembre s’est dessinée. C’est clair : l’opposition «significative» ne participera à ce qu’elle qualifie de «dialogue de façade». Parce que, dit-elle, tous les préalables ne sont pas réunis pour un échange sincère sur le processus électoral. Le vice-président de Remwi et membre de la coalition «Mankoo Taxawu Senegaal» est le premier à donner le ton. Déthié Fall : «Nous n’allons pas participer à cette mascarade, cette façade, pour sécuriser ou garantir des violations pour un second mandat de Macky Sall, que les populations ne veulent pas.» A «Mankoo Taxawu Senegaal», l’heure n’est pas à la concertation. La libération de l’édile de Ville de Dakar, Khalifa Sall, reste le seul combat qui vaille pour ladite coalition. Puisque, selon le vice-président de Rewmi, le pouvoir ne peut appeler au dialogue, alors que la tête de file de leur coalition croupit derrière les barreaux, privé de tous ses droits. L’autre grosse épine qui indispose «Mankoo Taxawu Senegaal» est le non-respect des engagements pris par le Président Sall.

Une mascarade de Macky Sall. «Le président de la République a habitué les Sénégalais à une mascarade, pour simplement vendre, à l’international, l’image d’un Président démocrate, qui invite son opposition au dialogue. Alors qu’il n’a jamais respecté tous les engagements qu’il avait pris. En juillet 2016, dans le cadre de la revue technique du Code électoral, nous nous sommes penchés, pendant deux mois, en profondeur sur des demandes sur le processus électoral que l’opposition avait formulées de façon très forte et qui, jusqu’ici, n’ont jamais été respectées. Même si Macky Sall, en nous recevant le 1er décembre 2016, avait dit qu’il allait respecter ses engagements. Il se pose donc un problème de crédibilité de la parole du président de la République qui, souvent, ne respecte pas ses engagements. Et qui est prêt à procéder à un tripatouillage de la Constitution, à des violations des dispositions de la Loi électorale, pour avoir un second mandat présidentiel», a regretté le député rewmiste. Toutefois, cette position ferme prise par cette frange de l’opposition de boycotter le dialogue politique n’a aucunement brisé l’élan du pouvoir. D’ailleurs, le Président Sall n’a pas pris de gants pour mettre les points sur les «i». En répliquant de façon ouverte aux pourfendeurs de son appel au dialogue, hier, lors du Conseil présidentiel de l’investissement. Macky Sall : «Ma volonté aurait été de voir tous les acteurs discuter de tous les sujets. Mais ceux qui choisissent la politique de la chaise vide ont aussi cette liberté. Il faut respecter la liberté des uns et des autres. Ceux qui ne veulent pas dialoguer avec le gouvernement sont libres d’aller explorer d’autres voies. Nous, nous restons ouverts. Le dialogue politique, on sait le faire. Ceux qui veulent dialoguer vont dialoguer, ceux qui ne veulent pas dialoguer, vont faire autre chose. Il n’y a pas de problème. Et la démocratie va se poursuivre.» Toujours est-il que cette démocratie sénégalaise, chantée urbi et orbi, vit un perpétuel chahut, selon le vice-président de Rewmi. «Nous travaillons, dit-il, pour la victoire de la démocratie et non pour celle d’un camp. Et sur ce registre, il faudrait que le président de la République arrête ses manœuvres politiciennes et qu’il soit dans une dynamique consolidante de cette démocratie. Mais, ses pratiques ont montré à suffisance qu’il est dans de petits calculs pour un deuxième mandat et cela n’intéresse pas notre coalition.»

Au Grand Parti, l’on fume le même calumet. Et respecte à la règle les consignes du leader, Malick Gakou, de suivre à la lettre la position affichée de «Mankoo Taxawu Senegaal». Mamadou Bamba Ndiaye porte la voix du Grand Parti : «Nous avons dégagé au sein de notre coalition une position commune de ne pas participer à ce dialogue. Il est d’abord important de régler la question Khalifa Sall, avant de faire quoi que ce soit. Le gouvernement lui-même qui avait refusé à Khalifa Sall le droit de son immunité parlementaire, vient de le reconnaître à travers la demande de levée de son immunité. En matière de concertation sur le processus électoral, le gouvernement de Macky Sall n’a jamais fait preuve de sérieux et décide de ce qu’il veut faire.» Ce manque de considération du Président Macky Sall à l’endroit de son opposition est la «source du climat tendu entre le régime apériste et les irrédentistes opposants» du pays.

On ne peut pas décider sans écouter l’opposition. «Pour le Référendum de 2016, le pouvoir avait décidé d’arrêter ses points et n’avait consulté personne. On ne peut décider sans écouter l’opposition. Pour les Législatives, il a fait du louvoiement. Le président de la République qui avait reçu une partie de l’opposition au Palais, avait déclaré le 28 mai, Journée de dialogue national. Le 28 mai dernier, il n’y a rien eu. Le Président ne s’est même pas expliqué», a déploré Mamadou Bamba Ndiaye. Et pourtant, les prédécesseurs du chef de l’Etat, Macky Sall, au Palais de l’Avenue Roume ont joué la carte d’un dialogue franc avec l’opposition. «Quand on était en pareil situation du temps de Diouf, ce dernier avait accepté de désigner une personnalité neutre pour conduire le dialogue sur le processus électoral. Et sous l’ère Wade, quand l’opposition a tapé sur la table, le Président a accepté de décharger le ministre de l’Intérieur de l’organisation des élections, en nommant un ministre délégué chargé des élections. Donc, si le pouvoir est sérieux, rien ne l’empêcherait de nommer une personnalité indépendante pour conduire le dialogue», dixit M. Ndiaye.

Le panier à complaintes est plein, comme un œuf. Le dialogue politique, lancé par le pouvoir en place, se tiendra avec ou sans l’opposition «significative». Seulement, le résultat risque d’être le même. Avec à la clé, une concertation sans l’implication de toutes les forces politiques du pays. A ce titre, le président du groupe parlementaire des «Libéraux et démocrates» avait appelé le régime apériste à un dialogue sincère. Sans parti pris. Pour Me Madické Niang, un dialogue politique est bien possible. Mais, faudrait-il régler les préalables et établir des règles consensuelles, permettant pouvoir et opposition de voir dans la même direction. Au cas échéant, le Parti démocratique sénégalais (Pds) ne va point participer à une «mascarade politique». En tout cas, tout n’est pas perdu. Voir réunis autour d’une même table gouvernants et opposants serait bénéfique pour la marche du pays. Mamadou Bamba Ndiaye l’a d’ailleurs compris. Au bout du fil, il affirme : «Le pouvoir doit rectifier le tir, en réglant les questions régaliennes et républicaines. S’il nous appelle à un dialogue sérieux, en respectant le Droit, nous allons répondre.»

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