Les propos inquiétants de Macron à Génève : Le chaos est là et peut conduire à la guerre

Lors de la conférence de l’OIT, le président de la République a reconnu « une erreur fondamentale » dans sa gestion du mouvement des « gilets jaunes ».

À la tribune de l’Organisation internationale du travail, le président a dénoncé la multiplication des «rentes» et des déséquilibres. Le chef de l’État a également affirmé avoir vécu la crise des «gilets jaunes» comme une «opportunité» de remettre «l’humain au cœur».

Un constat sombre et inquiet… et des solutions plutôt classiques. Dans un discours de trois quarts d’heure ce mardi à Genève, Emmanuel Macron a évoqué l’importance du dialogue social et de la négociation pour faire face aux dérèglements du capitalisme actuel, porteur d’un «risque de crise sans précédent».

Pour le centenaire de l’Organisation internationale du Travail (OIT), le Président de la République a pris la parole après Angela Merkel, et commencé par évoquer le bilan de la plus ancienne des organisations internationales existantes, née sur les cendres de la Grande Guerre. Célébrant l’idée qu’«on ne peut construire une paix durable sur la somme des injustices», le chef de l’État a rendu hommage aux pionniers: Justin Godard, Arthur Fontaine, Léon Jouhaud, Albert Thomas… Les fondateurs d’une organisation ayant adopté 189 conventions, avec des succès notables notamment dans la lutte contre le travail des enfants.

Venu célébrer le centième anniversaire de la plus vieille institution mondiale, créée en 1919 par le traité de Versailles, au lendemain de la première guerre mondiale, et qui rassemble aujourd’hui 187 pays, il s’est livré à une défense vibrante de la justice sociale. Mais il a aussi tenu des propos alarmistes sur la gravité de la crise qui frappe les démocraties.

« Le chaos est là », a martelé le chef de l’Etat dans un discours de quarante-cinq minutes. Lyrique dans ses envolées, se détachant souvent de son texte écrit, il a averti :

« Je crois que la crise que nous vivons peut conduire à la guerre et à la désagrégation de nos démocraties. J’en suis intimement convaincu. Je pense que tous ceux qui croient, sagement assis, confortablement repus, que ce sont des craintes qu’on agite se trompent. Ce sont les mêmes qui se sont réveillés avec des gens qui semblaient inéligibles ou sortis de l’Europe alors qu’ils pensaient que cela n’adviendrait jamais. Je ne veux pas commettre avec vous la même erreur. »

Devant cette assemblée internationale, où il succédait à la tribune à la chancelière allemande, Angela Merkel, M. Macron a réitéré, pour la première fois devant un tel aréopage, ce qui ressemblait à un mea culpa sur sa gestion du mouvement des « gilets jaunes ».

Il prône un retour à l’économie sociale de marché

Plus globalement, il a réclamé le retour à une « économie sociale de marché où chacun trouve sa part », au lieu d’une « captation des richesses par quelques-uns ». Sinon « on nourrit les extrêmes », a-t-il dit, comme l’an dernier au Forum de Davos. « Quelque chose ne fonctionne plus dans ce capitalisme qui profite de plus en plus à quelques-uns. Je ne veux plus que nous considérions que le sujet d’ajustement économique et de la dette prévaut sur les droits sociaux », a lancé Emmanuel Macron.

« Quand le peuple ne trouve plus sa part de progrès », il peut être « attiré par l’autoritarisme, qui dit : ‘la démocratie ne vous protège plus contre les inégalités de ce capitalisme devenu fou. Nous allons faire des murs, des frontières, sortir de ce multilatéralisme, il est mou’. » 

Pas un discours « crypto-marxiste »

« On ne peut pas défendre ce que je dis à l’OIT et dire ensuite au FMI ou autour de la table du Conseil européen : ‘vous allez vous ajuster face à la crise financière et réduire vos droits sociaux’. Ça doit être terminé », a-t-il insisté, plaisant la cohérence.

« Ou dire à l’OMC : ‘c’est formidable le commerce, il faut négocier des accords avec tout le monde, quelle que soit leur sensibilité sociale et environnementale. Et vive le dumping, ça ira mieux, ça enrichit tout le monde' », a-t-il ajouté, se défendant de tenir un discours « crypto-marxiste » à l’OIT et libéral en France.

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