LETTRE DE MARC DUTROUX : Les parents des fillettes violées et mortes, parlent de “tortures morales”

Le criminel belge, Marc Dutroux, a rédigé avec son avocat une lettre à l’attention des familles des victimes, dans une volonté d’« apaisement ». Le père d’une des victimes du pédophile compare l’attente de la réception de ce courrier à une véritable « torture morale ».

Relever le courrier est devenu pesant, pour Gino Russo. Le père de Melissa, victime de Marc Dutroux, sait qu’il va recevoir sous peu la “lettre d’apaisement” du tortionnaire de sa fille. Vingt-deux ans après avoir enlevé, violé, séquestré et laissé mourir deux fillettes et deux adolescentes, le criminel le plus haï de Belgique a écrit aux familles des victimes, dans le cadre de sa demande de libération conditionnelle.

Un pardon inconcevable

En 1996, la Belgique avait découvert, horrifiée, le visage de Marc Dutroux. En fouillant les jardins de ses différents domiciles, les enquêteurs avaient les dépouilles de Julie, Mélissa, An et Eefje. C’est dans des caves spécialement aménagées par Dutroux que les jeunes filles étaient séquestrées, violées, et mortes de faim. Seules deux d’entre elles étaient sorties vivantes de cet enfer, Laëtitia et Sabine, toutes deux âgées de 12 ans. Les ratés de la police, les carences de la justice : l’affaire Dutroux a fait vaciller la Belgique. La justice a finalement condamné Marc Dutroux à la perpétuité. Une peine commuée en trente ans de réclusion criminelle.

Pour Jean-Denis Lejeune, la lettre d’excuses de Marc Dutroux est l’épreuve de trop. Le père de Julie voudrait qu’on le laisse en paix. Il voit dans cette lettre une forme de “torture morale”. Il a appris l’existence de ce courrier le 23 août, date anniversaire des obsèques de sa fille.

C’est l’avocat de Marc Dutroux qui a rédigé la lettre d’excuses, ensuite corrigée et validée par son client. Une demande de pardon, mais aussi une stratégie pour demander sa libération conditionnelle. Pour sortir de prison, la Belgique exige en effet la repentance. Mais pour les familles de victimes, pardonner est inconcevable, tout comme imaginer un jour Marc Dutroux en liberté.

« Un pas dans votre direction »

Car, assure-t-il, « le procès d’Arlon (en 2004, ndlr) n’a pas livré, loin de là, la réponse à toutes les questions ». Mais dans le même temps l’avocat met en garde sur le risque que soient déçues d’éventuelles attentes en matière de « réparation » et d’« indemnisation ».

« Quant à votre indemnisation, je suis obligé d’admettre qu’il ne possède strictement rien et qu’il est totalement et définitivement incapable de satisfaire à cette exigence », écrit Me Dayez.

Comme il l’avait indiqué le 22 août, après avoir fini de rédiger la lettre, le pénaliste inscrit cette démarche dans la perspective d’une nouvelle demande de libération conditionnelle.

Avec en tête l’objectif de faire libérer Dutroux en 2021, il rappelle qu’une des « cinq conditions » pour une libération anticipée concerne « l’attitude du condamné à l’égard des victimes ». Ainsi de ce point de vue « il m’a paru opportun de faire un pas dans votre direction ».

Arrêté en 1996

Marc Dutroux, qui a passé 22 ans en prison et aujourd’hui âgé de 61 ans, avait été arrêté le 13 août 1996.

Deux jours plus tard, deux adolescentes, Laetitia Delhez et Sabine Dardenne – disparues respectivement depuis quelques jours et quelques mois -, avaient été retrouvées vivantes dans une cache aménagée dans la cave d’une de ses maisons, à Marcinelle, près de Charleroi (sud-ouest).

Dans les semaines qui ont suivi, les corps de Julie et Mélissa, deux amies de huit ans enlevées à Liège (est) en juin 1995 et mortes de faim dans la cave de Marcinelle, étaient exhumés d’une de ses propriétés. Puis ce furent ceux de deux jeunes Flamandes, An Marchal, 17 ans, et Eefje Lambrecks, 19 ans, enterrées vivantes dans le jardin d’une autre de ses habitations.


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