Mamadou Lamine MAIGA ambitionne de mettre en place un centre de désintoxication.

L’homme revient de très loin. De l’enfer, comme il s’amuse à le dire. Aujourd’hui, Mamadou Lamine Maïga, le rossignol à la voix d’or qui a fait les beaux jours du «Super Diamono» et du «Lemzo Diamono groupe», est un homme neuf. Il aspire à toucher la lumière avec son album «Leer». Et compte donner vie à son projet de centre de désintoxication afin de sortir du gouffre les junkys de son pays. Entretien.

Cela fait maintenant 8 ans que vous avez disparu de la scène musicale sénégalaise, alors que vous signiez un retour avec votre album «Retour de l’enfer». Aujourd’hui, que devient Maïga ?

Je présente mes excuses à mes fans car depuis bientôt 8 ans, je me suis retiré de la scène musicale sénégalaise. Mais je n’étais pas inactif. J’explorais d’autres pistes, notamment des tournées en Italie, où je suis actuellement basé. «Retour de l’enfer» signait mon retour au Sénégal, mais ce fait 8 ans déjà. C’était une autoproduction qui nécessitait beaucoup de moyens. J’y ai investi plus de 15 millions, mais les espoirs que j’avais placés dans cet album n’ont pas porté leurs fruits, parce que je n’aime pas la demi-mesure. Depuis lors, j’ai pris un peu de recul, pour la simple raison que je m’évertue toujours à faire les choses de la façon la plus professionnelle possible. De temps à autre, je viens au Sénégal, soit pour voir la famille ou régler quelques affaires. Là, j’ai produit, il y a de cela un an et demi, un album international intitulé «Leer (lumière)» et je compte venir en faire la promotion au Sénégal. J’ai aussi l’intention de mettre sur pied un programme de désintoxication pour venir en aide aux «Junky».

Votre dernier album, «Retour de l’enfer», sonnait comme un cri du cœur et un message sur les méfaits de la drogue. Le titre était d’ailleurs très évocateur…

Il me fallait marquer mon retour. Je pense que je suis le seul à oser intituler ainsi un album. Parce que j’ai eu un vécu difficile. Mon histoire avec la drogue dure est connue. Je ne me suis jamais gêné pour la relater, parce que je veux me servir de mon exemple pour sensibiliser les toxicomanes. Je veux leur faire prendre conscience qu’il est possible de sortir de l’enfer de la drogue. Dans ce sens, j’avais en tête un projet sur lequel j’avais commencé à échanger avec le Président Abdoulaye Wade. Malheureusement, avec l’alternance de 2012, cela n’a pas abouti.

«J’ai frôlé la mort»

En quoi consiste ce projet ?

Je veux mettre en place un centre de désintoxication pour les junkys, à l’image de ce qui se fait en Italie avec la Comunita, papa Giovanni (association catholique basée en Italie, fondée par Don Oreste Benzi dans les années soixante, qui traite diverses formes de difficultés sociales comme la déviance des adolescents, le handicap, la pauvreté etc.) C’est une association qui m’a permis de sortir des affres de la drogue. J’ai raconté mon histoire et je n’ai pas honte de la raconter de nouveau. Je n’ai rien à cacher et je veux servir d’exemple aux toxicomanes et aux jeunes. Il faut le dire, la drogue, c’est l’enfer. Mais grâce à Dieu, au soutien de mes proches et à la Comunita, je m’en suis sorti. Certes, il y a des structures au Sénégal qui assistent les toxicos, mais ce n’est pas encore suffisamment au point. J’en sais quelque chose, puisque je suis passé par toutes ces structures. Les autorités ont de la volonté, mais il reste beaucoup de choses à faire. Je salue leurs efforts, mais il ne suffit pas de donner de la méthadone (analgésique narcotique employé comme traitement de substitution pour les héroïnomanes) à un junky et espérer qu’il va tourner le dos à la drogue. Parce que quand on est en manque, c’est comme si une force impérieuse vous incitait à aller chercher votre dose, par n’importe quel moyen. A tout prix.

En tant qu’ancien junky, qu’est-ce qu’il faut faire pour lutter contre ce fléau et sortir les toxicos des affres de la drogue ?

(Eclats de rires). Ce serait trop long à expliquer ici. Pour sortir des griffes de la drogue dure, il faut déjà que le toxico ait de la volonté. C’est à dire, faire un choix entre la vie et la mort. Il ne s’agit pas simplement de prendre des médicaments pour calmer et combler le manque. C’est un travail psychologique de longue haleine. Pour mon cas par exemple, le programme de désintoxication a duré 3 ans.

On sait que vous étiez confronté à un sérieux problème de drogue. Vous consommiez de l’héroïne. Comment avez-vous fait pour vous tirer du cercle vicieux de la drogue ?

Je pourrais écrire un livre sur le sujet. C’est un processus qui requiert de la patience et de la volonté. Au début de la cure, j’étais comme un nouveau-né, parce que la drogue dure vous transforme en loque humaine. C’est comme si vous étiez dans le ventre du diable et au finish, cela vous tue. J’ai lutté pour m’en sortir. Il faut consentir d’énormes sacrifices. C’est en 2006 que j’ai commencé ma cure au centre de Cologna, en Italie. Là, on ne vous contraint à rien. C’est au toxico de choisir et il est libre de partir quand il veut. J’ai passé la première et la deuxième étape avec succès. La 3e phase est la plus difficile, parce que c’est à ce moment que vous sortez pour affronter le monde extérieur. Cela survient au bout de deux ans et demi. C’est comme une sorte de test et vous êtes laissé à vous-même. C’est là que réside le danger, car si vous n’êtes pas fort mentalement, vous pouvez replonger. J’en ai vu beaucoup qui n’ont pas bien négocié ce virage.

«Replonger serait la pire chose qui pourrait m’arriver en ce moment»

Vous est-il arrivé de replonger ?

Oui. Au tout début du programme, parce que je ne comprenais pas encore l’enjeu. Mais au bout de 3 mois, j’ai compris que j’étais dans un centre de désintoxication et que les gens ne voulaient que mon bien. Après plusieurs mois d’énormes sacrifices, mes efforts ont commencé à payer. Aujourd’hui, c’est cette expérience acquise à Comunità que je veux partager avec les junkys de mon pays.

Qu’est-ce qui vous a motivé à décrocher ?

A un certain moment de mon addiction, j’ai compris qu’il me fallait choisir : entre la vie et la mort. Moi, j’ai choisi de vivre. Et ma compagne d’alors m’a beaucoup assisté dans ce choix. Je ne savais pas ce que c’était que la Comunità. Je n’en avais d’ailleurs jamais entendu parler. Sur mon passeport en 2003, il y était écrit : «Voyage pour cure médicale» et un beau matin, je me suis retrouvé à Comunità. Aujourd’hui, je ne le regrette pas. J’ai vécu l’enfer et j’ai frôlé la mort (sic). D’où le sens du titre de mon dernier album, «Retour de l’enfer». Car en toute connaissance de cause, je peux dire aujourd’hui que je reviens de l’enfer. Et lors de mon prochain séjour au Sénégal, je compte me rendre dans des centres de désintoxication pour rencontrer des junkys afin de les sensibiliser sur les méfaits de la drogue et partager avec eux mon expérience car je veux sauver des vies. Je compte même faire une émission télé ou un documentaire sur le sujet. Avec l’audiovisuel, cela aura plus d’impact. Et je pense que je suis une voix autorisée pour aborder ce sujet.

Douze ans après, Maïga a-t-il complètement décroché ?

Totalement. J’ai tourné définitivement le dos à la drogue. Elle ne m’intéresse plus. Je suis clean maintenant. Je suis un homme neuf. Ce serait un échec de replonger, après 3 ans de cure. Je ne me le pardonnerais jamais. Replonger, ce serait la pire chose qui pourrait m’arriver en ce moment.

Aujourd’hui, Maïga s’est résolument engagé sur le bon chemin. Comment se passe votre vie à Milan ?

Très bien. Je reviens d’une tournée et je mène une vie paisible, avec ma femme, une Anglaise basée à Milan. Je l’ai rencontrée quand je suis sorti de la Comunità. Etant donné que ce serait précipité, dans l’immédiat, d’envisager un retour au Sénégal, j’ai décidé de m’installer en Italie. Mais mon pays reste le Sénégal, c’est ici que j’ai mon ancrage. J’y ai ma famille et mes amis. Je suis à la tête d’un groupe de musiciens et c’est avec eux que j’effectue mes tournées.

Vous évoluez à l’étranger. Mais aujourd’hui, envisagez-vous de reconquérir la scène musicale sénégalaise ?

Bien sûr ! Le monde de la musique est vaste. Chacun peut y avoir une place. Je ne cherche à concurrencer personne. Ce qui m’intéresse, c’est de satisfaire mes fans et de jouer pour mon propre plaisir.

A quand les retrouvailles avec le Lemzo Diamono ou le Super Diamono ?

J’y pense. Lamine Faye et Oumar Pène sont mes aînés et je les respecte beaucoup. J’ai des relations particulières avec eux. Ce serait une belle chose de nous retrouver pour un album.

A quand le retour au Sénégal ?

Je ne peux pas donner une date exacte, mais je m’apprête à rentrer pour donner corps au centre de désintoxication que je souhaite mettre sur pied pour venir en aide aux drogués.

NDEYE FATOU SECK

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