MUNICIPALES EN TURQUIE : Erdogan perd le contrôle d’Ankara et d’Istanbul

Ankara est la plus grande ville du pays et le scrutin de dimanche était le premier depuis qu’Erdogan a été investi de pouvoirs étendus en juillet dernier. Selon Kemal Kilicdaroglu, chef du CHP, parti d’opposition à l’AKP d’Erdogan, sa formation l’aurait emporté à Ankara et Istanbul, ainsi qu’à Izmir, la troisième ville du pays. Mais l’AKP contesterait les résultats dans certains quartiers de la capitale.

Le Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan a perdu le contrôle d’Ankara lors des élections municipales de dimanche, alors que le président a semblé reconnaître sa défaite à Istanbul, la plus grande ville du pays.Selon les chaînes de télévision turques, le principal candidat du Parti populaire républicain (CHP, opposition), Mansur Yavas, l’a emporté à Ankara. A Istanbul, le décompte des voix était si serré que les deux partis ont revendiqué la victoire.

Des contestations de l’AKP dans certains quartiers

« Le peuple a voté en faveur de la démocratie, ils ont choisi la démocratie », a déclaré le chef du CHP, Kemal Kilicdaroglu, ajoutant que sa formation l’avait emporté à Ankara et Istanbul, ainsi qu’à Izmir, la troisième ville du pays.

L’agence officielle Anadolu a rapporté que l’AKP contesterait les résultats dans certains districts de la capitale.

A Istanbul, l’AKP a indiqué que son candidat, l’ancien Premier ministre Binali Yildirim, était arrivé en tête, devançant de 4.000 voix son adversaire du CHP, Ekrem Imamoglu – avec plus de 4 millions de voix chacun. Ce dernier a quant à lui revendiqué la victoire avec une avance de 28.000 votes.

Dans un discours devant des sympathisants à Ankara, Erdogan a semblé concéder la défaite de l’AKP à Istanbul, malgré le fait que sa formation gardait le contrôle de certains districts de la ville.

« Même si notre peuple a renoncé à la mairie, il a confié les districts à l’AKP », a-t-il déclaré, ajoutant que son parti ferait appel des résultats si besoin.

A Istanbul, la fin d’un règne d’un quart de siècle de l’AKP ?

Une défaite marquerait la fin du règne de l’AKP et de ses devanciers à Istanbul, qu’ils dirigent depuis près d’un quart de siècle.

Un revers d’Erdogan à Istanbul serait d’autant plus symbolique puisque c’est dans cette ville qu’il a lancé sa carrière politique en tant que maire dans les années 1990.

Quelque 57 millions d’électeurs étaient appelés à se prononcer à l’occasion de ce scrutin incertain, puisque les sondages donnaient l’AKP à la seconde place des intentions de vote dans plusieurs grandes villes dont Istanbul et Ankara.

Le scrutin de dimanche était le premier depuis qu’Erdogan a été investi de pouvoirs étendus en juillet dernier.

Une campagne pourtant déséquilibrée

A Ankara, les chances du candidat opposé à l’AKP, Mansur Yavas, étaient pourtant minimes, explique Le Monde. Boycotté par la presse, tenue d’une main de fer par le président turc, il n’avait pas eu de réelles capacités d’expression. Ses affiches de campagne étaient interdites, quand celles représentant le candidat AKP Mehmet Özhaseki et M. Erdogan s’étalaient à chaque coin du paysage urbain. Les responsables de l’AKP usaient d’ailleurs volontiers de propagande pour taxer M. Yavas de vulgaire escroc et son parti de nid à terroristes. 

Un vote qui sanctionne la récession économique ?

Les raisons de ce désaveu massif se trouvent dans la récession économique que subit le pays depuis la brusque dépréciation (-30%) de la livre turque à l’été dernier. En conséquence, la croissance est en baisse, la production industrielle aussi, le chômage est en hausse (13,5% en février) et l’inflation ne décolle pas des 19%. Les prix des produits alimentaires se sont mis à grimper, suscitant notamment la colère des ménagères. Alors si l’AKP et son allié du MHP (ultranationalistes) tentent de se rassurer en évoquant une victoire à 51,76% sur l’ensemble du territoire, le coup porté est rude pour le parti d’Erdogan, qui ne se laisse pas déstabiliser pour autant. « A Istanbul, nous avons gagné la plupart des arrondissements et nous sommes au coude-à-coude dans les autres. Ce qui signifie que même si nos électeurs avaient renoncé à la mairie, ils ont quand même voté pour l’AKP au niveau des arrondissements », a souligné le président turc, insistant sur le fait que son parti restait « la première formation de Turquie »

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