Persévérez Khalifa ! On vous a tout arraché mais vous n’avez rien perdu…

Qu’avez-vous donc fait Khalifa Ababacar pour mériter la foudre d’un pouvoir autocratique sans limites, perdu par la volonté d’écraser un adversaire qui a préféré la fidélité à ses convictions au partage du gâteau? Je refuse de croire que votre problème avec le régime actuel se résume strictement au dossier de la « caisse d’avance ». Il y a forcément quelque chose que l’on ne nous dit pas avec cet acharnement, cette agression incessante à l’encontre de votre personnalité, votre honorabilité.

Aujourd’hui, il est meurtrissant de constater que le tonnerre tombe sur vous toutes les fois qu’il tonne car le pouvoir est passé de son statut régalien de conciliateur et d’arbitre à celui partisan de belligérant. Ce pouvoir a plus de cafards dans ses placards avec ces dossiers compromettants sous le coude du chef de l’Etat.

On vous a tout arraché Khalifa, mais vous n’avez rien perdu. De votre siège de maire vous avez été injustement éjecté malgré les tentatives de justification des « meneurs » de jeu actuel. Tel un phœnix qui renaît de ses cendres, vous participez toujours au débat politique depuis votre cellule. Parfois j’en arrive à me demander si ce n’est pas votre retenue et sens de dépassement qui vous a perdu. Calme et d’abord facile, vous auriez pourtant pu opposer à la force impétueuse de vos adversaires une résistance solide et infaillible. Le cas échéant, le plan ourdi pour vous liquider, comme cela semble être le cas aujourd’hui n’aurait pas abouti. Après votre procès qui s’est soldée par une condamnation justement injuste, avec toutes les bizarreries notées, et la perte de votre mandat de maire, voilà que l’on s’attaque maintenant à votre mandat de député. Et comme toujours, c’est le ministre de la Justice qui monte au créneau pour préparer l’opinion et anticiper sur les décisions de justice. D’ailleurs votre mise à l’écart pour l’élection présidentielle ne surprend pas beaucoup de monde puisque tel était l’objectif depuis votre interpellation. Très peu, comme Barthélémy Diaz, pouvait continuer d’y croire sans vraiment y croire. Le miracle n’aura pas lieu.

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J’aurais pu vous interpeler Khalifa, en tant que leader politique pour qui j’ai beaucoup d’estime compte tenu du travail abattu à la tête de la ville de Dakar en votre qualité de maire depuis 2009. J’aurai pu vous apostropher en tant qu’homonyme, car porteur d’un nom qui en dit beaucoup sur votre attitude et appartenance. J’aurais pu mettre en avant la courtoisie et le respect, qualités inhérentes en vous, que vous n’avez cessé d’exprimer aux adversaires. Il me revient à l’esprit d’ailleurs le commentaire que vous aviez fait après que la coalition au pouvoir a pris une déculottée lors des élections du Haut conseil des collectivités territoriales. Vous disiez en reconnaissance de leur mérité malgré les moyens déployés pour acheter des voix : « ils se sont battus, ils ont été battus ». Oui, j’aurai pu mettre en exergue tout ceci pour en faire les raisons de cette lettre ouverte mais telles sont loin d’être les motivations.

J’ai plus que jamais la ferme conviction, comme la plupart de ceux qui s’intéressent à la marche de la politique, que votre emprisonnement est une injustice. Même si le verdict revêtirait de « l’autorité de la chose jugée », il sera commenté et critiqué au besoin jusqu’au jour de votre sortie et même au-delà par la postérité. Jamais un homme politique n’a eu à supporter l’acharnement des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. L’injustice que vous subissez est d’autant plus grande que tout le monde parait aujourd’hui coupable de s’être tu de façon assourdissante. Pourtant, nous sommes tous d’avis qu’il faudrait une justice pour réguler la vie sociale et redresser les torts causés. Ce fut une demande sociale avant l’accession du président Sall à la présidence, et elle le demeure. Mais cette justice de nos rêves et songes n’est pas celle que nous semblons vivre. Dans l’Homme révolté, Albert Camus avertissait déjà: « la revendication de la justice aboutit à l’injustice si elle n’est pas fondée sur une justification éthique de la justice ». Une justice d’éthique n’est pas sûrement une justice à deux vitesses où les vainqueurs peuvent anticiper sur les décisions à rendre ou bien dicter l’attitude à adopter.

On vous a tout arraché Khalifa, mais vous n’avez rien perdu. Dans le cœur des proches et de ceux qui ont toujours cru en votre innocence, vous demeurez le même leader immaculé. Le procès de la caisse d’avance n’est qu’une mascarade qui visait à traîner votre nom dans la boue et à vous présenter comme l’ennemi public numéro un. Même dans la plus intime conviction de vos adversaires, vous êtes loin d’être l’auteur des accusations de détournement faites à votre encontre. Vous avez plutôt été victimes de règles de jeu changées en plein match sans notification aux joueurs. D’ailleurs, cela semble bizarre, mais personne de l’autre côté ne s’est aventuré à compter vos biens mobiliers et matériels, parce qu’ils savent que vous n’êtes pas riche. Vous avez été le premier homme politique, sinon l’un des premiers, à faire une déclaration de patrimoine de votre propre gré. Alors continuez de persévérer et, dans l’attente de ce jour où la vérité sera finalement dite au détriment du très versatile droit, continuez de refuser les combines. Vous n’avez rien perdu de votre dignité et conviction, vous ne perdrez rien de votre réputation et estime. Persévérez et puisez de la force dans cette endurance que le Seigneur recommandait à son prophète : « Endure ! Ton endurance [ne viendra] qu’avec (l’aide) d’Allah ; Ne t’afflige pas pour eux. Et ne sois pas angoissé à cause de leurs complots » (Sourate 16, verset 127).

Ababacar Gaye
ababacarguaye@yahoo.fr

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