Pourquoi la recrudescence de l’immigration clandestine au Sénégal ?

Alors que la polémique enfle concernant le nombre de sénégalais morts dans la Méditerranée, à la suite de naufrages d’embarquements clandestins, des chiffres officiels communiqués par la Croix-Rouge espagnole permettent de mesurer l’ampleur du drame. Mais pourquoi nous observons à la recrudescence du phénomène au Sénégal ?

Selon Alioune Badara Ndiaye, chef d’équipe premier secours de la Croix-Rouge, 5000 migrants clandestins sénégalais ont échoué sur les côtes espagnoles.

« Nous avons comptabilisé environ 3200 migrants et ce chiffre est loin d’être exhaustif. Parce qu’en réalité, plusieurs migrants sénégalais que nous secourons déclarent être de nationalité Gambienne, par exemple, alors qu’à la simple écoute de leur diction, nous réalisons, en réalité,  qu’ils sont des sénégalais », a-t-il déclaré, estimant à 4800 le nombre de migrants sénégalais accueillis en Espagne.

Parmi ces 4800 migrants sénégalais, Ndiaye a répertorié une vingtaine de morts. « « Nous sommes toutefois parvenus  identifier 19 corps sans vie, tous des sénégalais », a-t-il souligné, dans L’Observateur. Il ajoute : « entre le 31 mai et le 15 août 2018, plus de 21.000 migrants ont été secourus entre le Maroc et l’Espagne.

Dans le détail, la Croix-Rouge espagnole a reçu 18.200 migrants, soit une vague de 200 migrants par jour. « Ce chiffre très élastique a plafonné à 21.723 migrants enregistrés toute l’année », a-t-il indiqué

Faisant le décompte macabre de l’immigration, le président d’Horizon sans frontières, Boubacar Sèye estime qu’en 3 ans, plus de 15000 migrants sont morts aux larges de l’océan atlantique.  « Entre 2014 et 2017, pas moins de 15.326 migrants sont morts en Méditerranée »,  a-t-il relevé.

Les facteurs socio-culturels de 

Jusqu’à nos jours l’Occident suscite des fantasmes et mirages car étant considérée comme l’Eldorado, le lieu où on peut gagner de l’argent sans effort particulier.

Cette image d’abondance, vie facile est imputable aux chaînes de télévisions Européennes elles-mêmes et les réalisations des émigrés dans leurs localités d’origine.

Les footballeurs Africains évoluant dans les championnats Européens eux-aussi entretiennent le mythe via les transferts de club en club dont parle la presse en termes de milliards.

Ces derniers de par leurs comportements durant leurs vacances accentuent la tentation de partir : (d’habitude c’est eux qui épousent les belles femmes avec des cérémonies en pompes, les voitures de luxe qu’ils conduisent et ou le comportement de leur famille les traitant avec plus de considération).

Beaucoup de familles qui vivent convenablement en dépit de parents à la retraite comptent au moins un enfant ou parent à l’étranger, sans oublier les émigrés qui ont offert le voyage à La Mecque à leur mère.

Le manque de compassion, de patience et de solidarité vis-à-vis du jeune chômeur est déterminant à prendre en charge.

Certains aspects négatifs de nos cultures et la pression des hommes ont aussi poussé des mères à inciter leur enfant au voyage : l’enfant qui échoue dans la vie c’est toujours la mère qui est responsable, hélas les pères de familles se soucient rarement de l’avenir de leur progéniture.

Le sous-emploi et la pauvreté facteurs de l’ immigration clandestine

Le Sénégal au même titre que le Mali et la Mauritanie fait face à la précarité d’emploi, cette situation oblige les jeunes à considérer la migration comme la seule solution de rechange s’offrant à eux.

Le phénomène fait couler beaucoup d’encre puisse qu’il a versé dans la clandestinité. A coup sûr la misère est l’un des facteurs les plus visibles de cette immigration irrégulière.

Cette pauvreté entretient des relations avec d’autres facteurs : tel que la détérioration des conditions de vie qui tend à persister .En dépit des politiques de redressement car les problèmes sociaux sont toujours présents et la situation des ménages plus précaires que jamais.

Le manque de travail représente 31,70% des motifs avancés, le désir de mutations ou raisons professionnelles 7,20% des causes avancées par ceux tentent l’aventure de la migration irrégulière.

Ainsi la misère de la famille est une source de pression surtout sur l’aîné qui a le plus souvent le devoir d’aider les parents.

L’agriculture et la pêche autrefois sources de revenus sont touchés à leur tour par la crise les méthodes de travail sont devenues caduques de ce fait la rentabilité n’est plus au rendez-vous.

La malnutrition, sous-alimentation l’enclavement et l’impossibilité d’accéder aux biens du développement humain de base représente également un déterminant.

Ces chiffres à l’appui l’illustrent bien 48,40% vivent au dessous du seuil de pauvreté, le taux de chômage des moins de 35 ans est de 9,60% celui de la population juvénile sans emploi sans revenu 58% et enfin le taux d’urbanisation 39%.

Ce durcissement des conditions de vie associé au mirage de l’Europe et du comportement des migrants en vacances poussent les jeunes à partir par cette voie risquée.

Ils existent d’autres causes : politiques, sécuritaires, personnelles familiales. D’ailleurs des pays instables de notre sous-région (Libéria, Sierra Léone, Guinée Bissau) sont pourvoyeurs de clandestins.

De même la Mauritanie doit surveiller ses côtes les itinéraires des voyageurs ayant beaucoup changé le Maghreb étant de plus en plus contrôlé.

La surpopulation fruit de la démographie galopante des pays en développement est aussi un facteur indirect : les besoins en nourriture, habitat, emploi sont là alors que la ressource se raréfie. Le taux de croissance est de 2,7% alors que 57% de la population ne dispose pas d’1 euro par jour pour vivre.

L’exode rural vers les villes découle de pauvreté absolue régnant dans les campagnes est aussi un facteur à prendre en compte le taux d’urbanisation est de 39 %.

Ainsi 21,7% des rapatriés évoluent dans le petit commerce informel en ville et ou au niveau des banlieues.

D’un autre côté les PME ne sont pas assez dynamiques ou manquent de rigueur dans la gestion en témoigne le taux élevé d’ouvriers qualifiés au chômage.

Au plan étatique un manque de volonté est constaté pour réorienter de manière efficiente l’économie de base agriculture, pêche, tourisme, éducation, formation et aussi dans la mise en oeuvre des politiques sectorielles élaborées au sein des Ministères.

Le non respect des droits de l’Homme dans certains zones jusqu’à maintenant est aussi motif de départ.

Quid de l’échec du régime de Macky Sall selon Idrissa Seck ?

Après le drame des 123 migrants sénégalais qui ont échoué sur les rives de la Méditerranée, Idrissa Seck s’interroge sur les fonds destinés à l’emploi des jeunes et à leur insertion. Dans un communiqué, le président de Rewmi souligne que ce drame «est le symbole d’une grande partie de la jeunesse désemparée à qui aucune opportunité crédible n’est offerte par le régime carrent de Macky Sall.»

«Avec les scandales successifs sur le détournement des fonds destinés à l’emploi des jeunes et de leur insertion, martèle Idy, ce drame remet à l’ordre du jour la gravité de la situation socio-économique du Sénégal. Les tristes images que nous renvoient les télévisions et les médias du monde entier ne sont pas dignes de notre pays dont le Président vient de démontrer, encore une fois, son incapacité à mettre en place de réelles politiques publiques d’insertion des jeunes» pour parer à l’ immigration clandestine.

Idrissa Seck ajoute : « Durant tout son mandat, au lieu d’une politique de jeunesse réfléchie et prospective, Macky Sall qui avait promis 500 000 emplois par année, se livre à des bricolages, des slogans creux et des recettes électoralistes.» Dans son communiqué, le président de Rewmi interpelle la Société civile ainsi que les partenaires internationaux qui avaient financé des initiatives comme le Programme des domaines agricoles communautaires (PRODAC) à éclairer les Sénégalais sur la gestion de ces fonds. Lesquels, assure l’ancien Premier ministre, auraient pu maintenir au Sénégal les candidats à l’immigration clandestine, dans le cadre de projets viables pouvant générer des milliers d’emplois.