Pourquoi le corps de Susan Potter, une femme de 87 ans, a-t-il été découpé en 27 000 tranches ?

Décédée en 2015, son corps avait alors été “découpé” en 27 000 tranches. En janvier prochain, le National Geographic relatera sa “rencontre” exceptionnelle avec Susan Potter, une femme incroyable qui se présente aujourd’hui comme le cadavre numérique le plus détaillé du monde.

Il y a 18 ans, l’américaine Susan Potter, alors âgée de 72 ans et diagnostiquée d’un cancer, est entrée dans le bureau du docteur Victor Spitzer, sur le campus médical Anschutz de l’Université du Colorado, et a demandé à faire don de son corps au projet Visible Human. En d’autres termes, après sa mort, Susan voulait que son corps soit congelé puis “coupé” en milliers de fines tranches qui seraient ensuite photographiées et numérisées. Le but serait alors de créer un corps en ligne sur lequel pourraient s’entraîner les étudiants en médecine.

Étudier l’anatomie masculine et féminine

Le projet Visible Human, inauguré en 1991 par les docteurs Victor Spitzer et David Whitlock, visait à l’époque – et toujours maintenant – à permettre une alternative à l’étude de vrais cadavres (chers, et pas toujours disponibles quand on le souhaiterait). L’idée était alors de s’appuyer sur un vrai cadavre dans le but de le numériser sous toutes les coutures. Ce corps virtuel, incroyablement détaillé, pourrait alors permettre la formation de jeunes médecins.

En 1993, Spitzer et Whitlock tombèrent sur une première personne qui accepta de faire don de son corps à cette fin. Il s’agissait d’un homme, condamné à mort au Texas pour meurtres. Après son décès, son corps fut ainsi “coupé” en 2 000 tranches. Un an plus tard, une femme de 59 ans fut “découpée” en 5 000 tranches de 0,33 millimètres d’épaisseur. Diagnostiquée d’un cancer au début des années 2000, Susan Potter décida alors, elle aussi, de s’inscrire dans ce projet. Se croyant condamnée, elle réussit pourtant à vivre 15 années de plus, pour finalement partir en février 2015 à l’âge de 87 ans.

Susan Potter connaissait le processus par cœur. Après sa mort, son corps a donc été récupéré pour être placé dans un congélateur (à – 26°C) pendant deux ans. En 2017, une scie transversale découpait alors son corps en deux. Une découpeuse se précision a ensuite pris le relais, pour finalement réduire chaque morceau en tranches toujours plus fines. Une fois ce travail terminé, chaque tranche du corps fut ensuite numérisée pour créer un corps virtuel ultra réaliste qui, on l’espère, permettra de faire avancer la science.

L’histoire de Sue Potter

Sue, de son vrai nom Susan Christina Witschel, est née et a grandi dans l’Allemagne nazie avec ses grands-parents, ses parents l’ayant abandonnée pour déménager à New York. Chose qu’elle ne leur a jamais pardonnée, a-t-elle confié à National Geographic.

Après la Seconde Guerre mondiale, elle a elle-même quitté l’Allemagne pour New York, où elle a épousé en 1956 son mari Harry Potter (!), un comptable, avec qui elle a eu deux filles. Lorsque Harry a pris sa retraite, la famille a déménagé au Colorado.

Après cela on ne sait plus grand-chose de ce qui s’est passé dans la famille. Tout ce qu’on sait c’est qu’en 2000, à l’âge de 73 ans, Sue vivait toute seule avec une santé plus que fragile. Elle avait eu un mélanome, était atteinte de diabète, et avait été touchée par un cancer du sein. Et tout cela lui avait valu diverses interventions chirurgicales. En 2000 lorsqu’on la découvre, elle pensait qu’il ne lui restait qu’un an à vivre. C’est cette même année qu’elle est tombée par hasard sur un article qui parlait du Human Simulation Project de l’Université du Colorado et de son projet novateur, « Visible Human ».

Le choix d’offrir son corps à la science

Au moment où Sue l’a découvert, le projet Visible Human, fondé par les National Institutes of Health (NIH) aux USA, avait déjà embaumé et gelé les corps d’un homme (Joseph Paul Jernigan, un condamné à mort âgé de 39 ans, en 1993) et d’une femme (âgée de 59 ans, morte d’une maladie cardiaque au Maryland, en 1994). Les deux corps avaient ensuite été découpés et numérisés dans le but d’être utilisés dans la formation des étudiants en médecine.

Sue a décidé, de son vivant, d’être la troisième : ce qui en fait la première personne vivante à proposer son corps comme « cadavre numérique ».

Lorsque Sue en a fait la demande auprès du Dr Vic Spitzer, le directeur du projet Visible Human, celui-ci a d’abord rejeté sa proposition, considérant le cas de la vieille dame comme trop compliqué. En effet, le Dr Spitzer travaillait sur des corps plutôt « bien préservés », tandis que Sue avait subi diverses interventions chirurgicales, elle avait été touchée par un cancer du sein et elle était atteinte de diabète. Elle réussit finalement à le convaincre, mais à la condition qu’elle enregistre le reste de sa vie.

L’enregistrement du reste de la vie de Sue Potter a été confié à National Geographic. Mais alors qu’ils pensaient tous que Sue n’avait plus qu’un an à vivre, à la surprise générale la vieille dame vécut 15 années supplémentaires. Ce qui fait de son cas, l’un des plus longs récits jamais documentés d’un patient impliqué dans une recherche.

 

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