Présidentielle 2019 : Macky et l’opposition tétanisés par Wade

Aar li nu bokk Me Abdoulaye Wade Sénégal

Boycotter ? Non. Paralyser ? Peut-être. En débarquant à Dakar le 7 février 2019, l’ancien président de la République Abdoulaye Wade a un objectif bien précis : créer un rapport de forces sur le terrain pour simplement empêcher la tenue de l’élection présidentielle prévue pour le 24 février 2019.

Du coup, cela met les états-majors des partis politiques dans l’expectative ne sachant pas sur quel pied Wade va faire danser le pays. Chez Ousmane Sonko comme chez Idrissa Seck, l’incertitude s’épaissie. En privé, avec un brin d’angoisse, ils admettent : « notre stratégie d’alliance est suspendue en plein vol parce que nous attendons l’arrivée de Wade qui veut saboter les élections ».

Le choix du mot « saboter » n’est pas fortuit. Il met à nu la faiblesse de l’opposition. Elle n’est pas en mesure de créer une dynamique qui ne serait pas éventuellement contredite par celle que Wade imposera à partir du 7 février.

Les deux principaux réceptacles d’alliances dans l’opposition sont aux aguets. Ces deux pôles se structurent autour d’Idrissa Seck et d’Ousmane Sonko. Le premier représente la continuité de la culture politique que l’on connait depuis l’indépendance et le second tient un discours qui promet une véritable rupture d’avec les orientations traditionnelles de la classe politique qui a été jusque-là aux affaires dans le pays.

Idy, c’est l’homme des formules qui frappent. C’est le communicateur hors pair. C’est le tribun. C’est l’homme de la parole. C’est aussi le porteur d’une ambition sans limite qui s’exprime sur le champ politique sénégalais depuis une trentaine d’années.

Mais Idy, c’est aussi celui qui, il y a encore peu, faisait peur. Son goût de la manipulation par le verbe, par les silences, par la religion, par le goût de l’énigme, a fait de lui, depuis quelques années, un marginal parmi les prétendants sérieux à la magistrature suprême. Plus que la forme et le style, c’est aussi ce que de nombreux camarades de partis, collègues, amis et autres appellent son « sectarisme » qui ne le fait pas apparaître comme un homme de ralliement ou un leader de consensus.

Sa garde rapprochée politique est toujours minimale. Il s’entoure de fidèles et ignore les autres. Plus qu’ignorer les autres, il les tient à distance. Ces tendances sont apparues au grand jour en particulier pendant la période où il a été Premier ministre de Wade.

Sonko, lui, c’est l’homme neuf. C’est un néophyte de la politique. C’est aussi le martyre qui a subi aux yeux de nombreux Sénégalais, une injustice personnellement orchestrée par le président Macky Sall. C’est l’homme du parler vrai, c’est le chantre de la bonne gouvernance, cette aspiration populaire, qu’aucun autre politicien ne cherche à prendre en charge.

Mais Sonko c’est aussi l’homme du « je ». Ce novice de la politique qui, dit-on, se vante d’écrire tout seul un programme politique en quelques jours. C’est lui qui n’écoute pas ses plus proches collaborateurs. La brume qui entoure ses choix de vie personnels interpellent, voire même raidissent une partie de l’élite intellectuelle du pays.

De l’autre côté de la confrontation électorale, le président sortant. C’est celui qui a les moyens d’attirer à lui tous les adeptes de la culture de la politique alimentaire.  C’est celui qui a tant appris à l’école de la ruse de Wade, le diombor. C’est celui qui a su tisser sa toile en 2012 et sortir du bois sans que l’on ne le voit venir.

Mais Macky, c’est aussi l’homme du wax waxet. C’est l’homme qui a promis la bonne gouvernance et qui semble faire pire que tous ses prédécesseurs en matière de mal gouvernance. C’est l’homme qui a instauré au Sénégal une violence d’Etat sans précédent. C’est l’homme de la manipulation des institutions, de la Justice et du compas moral des serviteurs de l’Etat. C’est celui qui a transformé l’incurie des siens et un bon nombre de contre-valeurs en référence de ce qui est acceptable en politique.

Il apparaît à de nombreux observateurs avertis de la vie politique sénégalaise que Macky Sall n’a pas l’intention de perdre cette élection, ni même d’accepter une éventuelle défaite. Son équation semble être : « je gagne ou je gagne ». Tout comme ses adversaires de l’opposition, Macky n’a pas de plan B. Son seul plan est la victoire à tout prix.

Cette posture radicale de Macky est encouragée par les évènements électoraux congolais. Un président arrive à prendre fonction alors qu’il y a un consensus national et international sur le fait que les résultats des votes indiquent clairement qu’il a été largement battu au deuxième tour par son adversaire. Macky qui a une aversion du risque, entend d’une manière ou d’une autre, passer dès le premier tour. Son slogan électoral sur ce point n’est pas moins qu’une intention, c’est un objectif à atteindre par tous les moyens.

Que va-t-il se passer ces prochains jours ? Une meilleure question serait peut-être qu’est ce qui pourrait se passer dans les prochains jours, ou encore les prochaines semaines, en dehors bien entendu d’une insurrection ou d’un chaos généralisé dont les conséquences par nature sont imprévisibles ?

Deux types de réponses sont possibles.

Le plan Wade-Khalifa d’empêchement de l’élection non seulement fonctionne, mais bloque le pays. Une sorte de Conseil national provisoire ou tout simplement un cadre national de concertation est créé pour négocier un consensus de sortie de crise. Il va de soi que ces négociations devront aboutir principalement, selon le rapport de forces sur le terrain, à une amnistie en particulier de Karim et Khalifa pour leur permettre de se présenter à une élection qui se tiendra quelques semaines ou mois plus tard.

Le plan Wade d’empêchement mis en œuvre en partenariat avec Khalifa Sall ne réussit pas à une dizaine de jours de la date de l’élection. Que se passe-t-il ?

Le boycott de l’élection n’étant pas une option, ni pour Wade, ni pour Khalifa, il reste le soutien actif à l’un des deux principaux candidats de l’opposition. En effet, il ne semble pas faire de doute que si la stratégie de l’empêchement n’est pas un succès, Wade comme Khalifa appelleront à voter soit pour Idy, soit pour Sonko. S’ils le font et décident ensemble du candidat à soutenir, il n’est pas irraisonnable de penser que ce candidat pourrait l’emporter dès le premier tour. Mais pour sûr, un deuxième tour qui sera certainement fatal à Macky s’imposera. C’est en cela que la stratégie d’empêchement de Wade peut être considérée comme relevant d’un certain génie politique. Si elle est efficace, alors toutes les cartes sont rebattues et il n’y a pratiquement aucune chance pour Macky de se relever d’une telle épreuve. En cas d’échec,, elle crée les conditions pour un soutien concerté avec Khalifa au bénéfice d’Idy ou de Sonko,

L’avenir politique du Sénégal se joue aujourd’hui sur deux questions : 1) La stratégie d’empêchement de Wade va-t-elle marcher ? 2) Si elle ne marche pas, l’alliance Wade-Khalifa va-t-elle soutenir le même candidat ? Si la réalité du terrain apporte une réponse positive à l’une de ces deux questions, il apparaît que nous sommes peut-être en train de vivre les dernières semaines du régime Macky Sall.

Un regard lucide sur le monde tel qu’il est nous rappelle que le futur ne ressemble pratiquement jamais aux prédictions. De ce fait, revient toujours la question lancinante et angoissante : mais où va donc le Sénégal ?

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