Qui est Anas K., l’étudiant français de 22 ans qui s’est immolé devant son université ?

Trois jours après, la colère est toujours aussi vive dans le milieu étudiant. Vendredi 8 novembre, Anas K. s’est aspergé d’essence avant de s’immoler devant un bâtiment du Crous, dans le 7e arrondissement de Lyon. 

« Aujourd’hui, je vais commettre l’irréparable », avait-il écrit sur Facebook. Il voulait alerter sur sa précarité et celle de nombreux autres étudiants. « Brûlé à 90 % » selon un syndicat, il se trouvait encore entre la vie et la mort mardi matin, alors que des dizaines de rassemblements ont eu lieu devant les Crous de toute la France. Qui était-il ? Comment a-t-il pu en arriver à un tel désespoir ? La question est dans tous les esprits.

Selon Lyon 2, l’université où il est inscrit en licence de sciences-politiques depuis quatre ans, Anas K., 22 ans, est un jeune homme « très impliqué au sein des instances de l’établissement ». Secrétaire fédéral du syndicat Solidaires Etudiant-e-s où il y est décrit comme un « pilier », il siège également au conseil de sa faculté et à la commission de la formation et la vie universitaire, comme le rapporte « le Monde ». Sa ligne directrice, résumée par Laetitia, sa compagne depuis un an : le « syndicalisme révolutionnaire ». La jeune femme, qui a prévenu les secours après avoir reçu un sms inquiétant d’Anas, le décrit comme fier de sa ville d’origine, Saint-Etienne, « ouvrière et populaire ».

Anas K. n’était pas en dépression, n’avait jamais fait de tentative de suicide auparavant. Ni sa compagne ni ses amis n’ont vu son geste arriver. Ils le décrivent comme « très entouré », « ni en rupture familiale » « ni en situation d’isolement ». Au contraire : le jeune homme est « souriant et joyeux ». « C’était un des plus engagés de notre groupe. Il y a deux semaines, il rigolait et blaguait avec nous », décrit son camarade Nelson au « Progrès ».

Il s’investit dans son syndicat, particulièrement ces deux dernières années, et se bat contre la réforme de Parcoursup, contre la hausse des droits d’inscriptions pour les étudiants étrangers et pour l’accueil des migrants. Selon une camarade témoignant auprès du « Monde », Anas K. était même présent « à toutes les réunions » de la semaine passée.

Si le geste du jeune homme a été commis pour protester contre la précarité de nombreux étudiants, il évoquait rarement ses propres difficultés : « Il ne se plaint jamais de sa situation, il s’exprime toujours dans une optique collective, raconte Nelson au “Monde”. C’est quelqu’un qui pense énormément aux autres. »

« Il avait du mal à payer ses factures avec sa seule bourse »

Pourtant, selon certains de ses amis, le jeune homme était en « très grande précarité ». Les premières années de sa licence, il avait vécu chez ses parents à Saint-Etienne, où il faisait quotidiennement des trajets jusqu’à sa fac de Lyon. Puis, il avait emménagé à la résidence étudiante Jean-Mermoz l’an dernier, comme le rapporte « le Monde ». Ses études d’un côté et son engagement syndical de l’autre l’empêchent de prendre un job en parallèle.

« Il avait du mal à payer ses factures avec sa seule bourse, se souvient Beverly Rubin auprès de “Libération”. En plus, son logement étudiant était insalubre, avec des punaises de lit, des cafards, mais il n’aimait pas s’attarder sur sa situation personnelle. » Pour un professeur, bien qu’il ait eu « du mal pour les examens », il était impliqué « dans son travail ». Mais les problèmes s’enchaînent : en « triplant » son année, il a perdu sa bourse ainsi que son logement en résidence, explique Lyon 2. Depuis il vivait entre chez sa copine, à Lyon, et chez ses parents.

Dans son message publié sur Facebook quelques heures avant son geste, Anas K. écrivait : « Cette année, faisant une troisième L2, je n’avais pas de bourse, et quand j’en avais, 450 euros par mois, est-ce suffisant pour vivre ? » Faisant part de ses inquiétudes pour l’avenir (le chômage, la retraite…), il accuse « Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de [l]’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous ». « J’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires », écrit-il.

 

« Nous n’avons pas suffisamment de mots pour exprimer notre douleur et notre tristesse », a rapidement réagi Solidaire étudiant.e.s., qui a dénoncé une « précarité qui tue nos vies ». Le syndicat étudiant est l’origine de l’appel aux rassemblements devant les Crous de France, en signe de protestation et afin de « continuer la lutte ».

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