SIDÉRANT ! En Afrique du Sud, les attaques xénophobes ont fait sept morts

De nombreux magasins ont été brûlés à Alexandra dans la nuit de lundi à mardi, alors que la situation se normalisait mercredi à Johannesburg en Afrique du Sud, la capitale économique, où la police patrouillait.

L’Afrique du Sud a renforcé sa sécurité, mercredi 4 septembre, après des attaques xénophobes qui ont fait sept morts dans la région de Johannesburg et déclenché des représailles contre des commerces sud-africains dans les villes nigérianes.

La situation s’est progressivement normalisée mercredi à Johannesburg, principale ville sud-africaine, sous haute surveillance policière après trois jours d’émeutes. Des commerces ont timidement rouvert leurs portes.

Deux corps carbonisés ont été découverts dans les décombres d’un commerce réduit en cendres dans le township d’Alexandra, en proie à des violences dans la nuit de lundi à mardi, selon la police. Ces deux corps ont été trouvés par des personnes à la recherche, dans les débris des échoppes calcinées, de métal à revendre.

Depuis le début des violences dirigées contre les étrangers, au moins sept personnes ont été tuées et près de 300 arrêtées. Des dizaines de magasins ont été détruits et des camions soupçonnés d’être conduits par des étrangers ont également été brûlés. Cette flambée de violences suscite inquiétude et colère dans plusieurs pays africains qui comptent de nombreux ressortissants en Afrique du Sud.

Représailles au Nigeria

Au Nigeria, des appels au boycottage et à la violence contre des enseignes sud-africaines se sont multipliés. Le géant sud-africain MTN, leader des télécommunications en Afrique, a annoncé la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » de toutes ses agences au Nigeria, son plus grand marché avec 190 millions d’habitants, après une série d’attaques contre ses magasins.

D’importantes échauffourées ont éclaté mercredi matin à Abuja, autour d’une enseigne sud-africaine de supermarché, malgré un renforcement du dispositif sécuritaire dans tout le Nigeria.

Pour protester contre les attaques xénophobes en Afrique du Sud, le Nigeria a décidé de boycotter le Forum économique mondial Afrique qui s’est ouvert mercredi au Cap, la capitale parlementaire sud-africaine.

Appel à « mettre fin au carnage »

En Zambie, un millier d’étudiants ont manifesté leur colère devant l’ambassade sud-africaine de Lusaka en brandissant des affiches « Non à la xénophobie » et en mettant le feu au panneau de la mission diplomatique. Dans des termes très forts, le président zambien, Edgar Lungu, a appelé Pretoria à « mettre fin au carnage » avant que « cette xénophobie ne dégénère en un génocide à grande échelle ».

Son homologue du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a « condamné » « toute forme de violence alimentée par la haine », saluant cependant « la réponse rapide des autorités sud-africaines »pour tenter de ramener le calme. Et le Botswana, pays également frontalier de l’Afrique du Sud, a appelé ses concitoyens sur place à faire preuve de « la plus grande prudence ».

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a de nouveau condamné les violences xénophobes, qui ont éclaté dimanche à Johannesburg avant de se propager à la capitale politique Pretoria et dans la province du KwaZulu-Natal, dans l’est du pays.

« S’en prendre à des étrangers n’est pas la bonne attitude », a-t-il répété. « Tout le monde est bienvenu en Afrique du Sud », a assuré le président de la « nation arc-en-ciel » rêvée par son mentor, Nelson Mandela.

Les étrangers pris pour boucs émissaires

L’Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, est le théâtre régulier de violences xénophobes nourries par le fort taux de chômage et la pauvreté.

En 2015, sept personnes avaient été tuées au cours de pillages visant des commerces tenus par des étrangers à Johannesburg et à Durban. En 2008, des émeutes xénophobes avaient fait 62 morts dans le pays.

Pour Dominique Dix-Peek, le gouvernement se sert des étrangers comme boucs émissaires :

« Ce n’est pas vrai que les étrangers prennent le travail des Sud-Africains. Par exemple dans les townships, il y a des tuck shop, des petits magasins tenus par des étrangers, mais ils ne représentent qu’un tout petit pourcentage des commerces dans ces communautés.

Au final, le problème est que nous avons un taux de chômage très élevé. Il est de 28%, 50% chez les jeunes et donc les opportunités de travail sont rares. Et c’est là qu’est le problème, les hommes politiques utilisent les étrangers pour détourner l’attention des vrais sujets, comme le chômage, ou le manque de services publics . On les entend souvent dire que les hôpitaux sont pleins d’étrangers, qui prennent la place de Sud-Africains. Mais au lieu de faire en sorte qu’il y ait un service public de qualité pour tous, ils détournent l’attention et se focalisant le débat sur les étrangers. »

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