Thiès: Voici les naufragés du second mandat de Macky Sall

    A l’image des leaders désabusés, les structures de la coalition présidentielle sont plongées dans une profonde léthargie. Radioscopie d’un naufrage politique sans précédent à Thiès.

    C’est une nouvelle pièce dans le Jukebox politique Thiessois où le morceau sélectionné, en parfait accord avec le contexte du moment, tambourine le tube «Demb» de Youssou Ndour. Un chef-d’œuvre qui embrasse, comme dans une étreinte funèbre, la nostalgie du temps d’avant la grande débandade. Battus à plate couture par Idrissa Seck, lors de la dernière Présidentielle – qui confirme ainsi son hégémonie dans son fief politique -, les responsables «apéristes» de Thiès sont aujourd’hui martyrisés par leur incapacité à tenir la dragée haute au leader du Rewmi.

    Déstabilisés et démobilisés, ils sont comme les naufragés du second mandat de Macky Sall. L’armée «marron beige» de février dernier qui clamait urbi et orbi détenir le contrôle de la «ville rebelle», semble se rapetisser à une clique politique désorganisée qui s’accroche encore aux fantômes d’un engagement politique qui ne fait pas plus de bruit que les querelles internes. Aujourd’hui, tous les grands responsables, ou presque, ne sont plus que des intermittents du spectacle politique.

    Siré Dia, un Dg déchu

    Apparenté au président de la République, Siré Dia a toujours été considéré comme un intouchable. Il a été le seul responsable politique à recevoir à son domicile la visite du Président Sall, en séjour à Thiès, lors du conseil des ministres décentralisés, en juin 2014. Macky Sall était allé voir sa tante Fatoumata Ndao, mère de l’ancien tout-puissant Directeur général de La Poste. Malgré sa gestion tant décriée de cette société nationale, Siré Dia n’a jamais été inquiété. Mais de «superman» qui traversait les houles politiques avec la dextérité d’un navigateur, Siré Dia vit aujourd’hui en hibernation dans le creux de la vague. Hier, on lui déroulait le tapis rouge avec honneur. Aujourd’hui, on feint de l’ignorer.

    Le Président du conseil d’administration (Pca) de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase) a pris ses distances par rapport à la politique. Il ne s’affiche plus. Son inertie a fini par plomber la vie du parti présidentiel à Thies. Siré Dia déployait beaucoup de moyens pour aider les populations, en donnant des emplois aux jeunes, des financements aux femmes. Comme un guichet automatique, il menait beaucoup d’actions sociales en faveur des mosquées, des malades et des indigents. Toutefois, de tempérament difficile, il n’a jamais été en odeur de sainteté ni avec Dr Augustin Tine, ni avec Demba Diouf, ni avec Abdou Mbow, encore moins avec Abdoulaye Dièye.

    Siré qui s’emporte très vite est un leader qui agit en chef. Il donne des ordres et les gens sont censés les exécuter sans rechigner. Ses réactions épidermiques étaient si vives que personne n’osait se mettre en travers de son chemin. Battu à la Présidentielle 2019, il s’est senti trahi par les Thiessois à qui il a tout donné : emplois, argent, appuis, subventions aux Asc, aux lutteurs, etc… Aujourd’hui, le Pca de la Lonase n’aurait plus rien à donner, selon ses pourfendeurs. Ses mouvements de soutien, notamment «Thiès ak Siré ba faw», les sentinelles de Siré, les amazones, les « Ndiagamars », « Nioko ress », «And dolel Siré » sont plongés dans une plus profonde léthargie. Reclus dans sa majestueuse villa au quartier Cité Malick Sy, il serait à l’écoute du Président Sall pour concrétiser son ambition de briguer la mairie de Thiès.

    Dr Ndiaye, la grosse déception

    Dr Pape Amadou Ndiaye, président du conseil d’administration (Pca) du Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip), s’active plutôt dans les activités de développement. La déception en bandoulière, il ronge son amertume, après que la direction du Centre des œuvres universitaires et sociales de l’Université de Thiès (Crous-T) qu’il a tant convoitée a été confiée à un responsable politique de Bambey. Par ses actions politiques, Dr Ndiaye a réussi à rendre autonomes des milliers de femmes formées dans la transformation des produits locaux. Et quand on l’interpelle sur sa situation politique actuelle et celle du parti à Thiès, l’homme relativise.

    Il dit : «Chacun travaille dans son coin. Il n’y a aucune décision par rapport à la coordination communale. Et il y a eu toujours des querelles entre différents responsables. Cela ne milite pas en faveur du parti. Il faut que le président de la République reçoive les Thiessois. Chacun vient dire le Président m’a dit. On ne sait plus qui dit vrai. Tant qu’on ne fera pas un diagnostic clair, on n’ira nulle part. Il faut des consensus forts et si nécessaire, aller chercher des profils. Si on ne fait pas de diagnostic, ce sera comme un chien qui se mord la queue. On va tourner en rond.» Attention, le vertige !

    Talla Sylla, la voix qui risque l’enrayement

    Comme un rossignol, le maire de Thiès aime chanter. Pour lui, la chanson est une autre forme d’expression des combats démocratiques. Candidat à sa propre succession, Talla Sylla fait partie des naufragés emportés par la vague orange. Aussi devra-t-il manœuvrer ferme pour conduire la liste de la coalition Benno Bokk Yaakar aux prochaines Locales. Crayonné comme un proche du Président Sall, dont il serait l’œil, l’oreille et la bouche à Thiès, Talla Sylla, dont les sorties politiques sont devenues rares, à l’image des responsables de la majorité présidentielle à Thiès, n’a pas un coefficient politique assez étoffé.

    Pour peser sur la balance, il devra avoir donc avoir l’onction du Président Sall. Le président d’honneur de Jëf-Jël est dans une coalition où chaque leader veut être maire de la ville. Ce sera un défi pour lui de rempiler afin de prouver que son élection à la mairie de Thiès n’est pas l’œuvre d’Idrissa Seck, comme allégué par des membres de Rewmi qui l’accusent de «trahison».

    Des mouvements de soutien au point mort

    C’est dire que quand les leaders toussent, les structures éternuent. Les mouvements de soutien, notamment Thiès sur les rails de développement de Babacar Fall, « Dolil Macky» de Babacar Pascal Dione, Alliance pour un Sénégal prospère (Asp) de Mamadou Ngingue, «Siggi jotna » d’Abdoulaye Dièye… naguère très dynamiques, sont dans la plus profonde léthargie. Aujourd’hui, seul Habib Niang, président du mouvement « And suxali Senegaal » se déploie sur le terrain.

    «Certains responsables ont visé des nominations qu’ils n’ont pas eues. Je n’ai pas d’intérêts personnels. Je suis là pour les populations. Je suis dans le social et le développement. Je suis candidat à Thiès-Nord. Et c’est irréversible», souligne M. Niang. Pour ses actions en faveur des populations, il est d’ailleurs l’invité, cette semaine, de l’Association des maires de Paris à Versailles. Hormis ces mouvements de soutien, il y a Gëm sa bopp de Malick Mbaye, Dg de l’Anamo, qui offre encore des formation et des équipements aux handicapés, réparateurs de téléphones, mannequins, entre autres… Mais sur le plan politique, Gëm sa bopp a déserté le terrain.

    La Cojer en agonie

    A l’image des mouvements de soutien, la Convergence des jeunes républicains (Cojer) n’est plus que l’ombre d’elle-même. Lamine Ngom, Birane Mbaye, Ibou Diouf et Assane Mbaye, les plus actifs, ont fini par baisser les armes. Assane Mbaye, coordonnateur de la Cojer, révèle que les jeunes républicains ne seront pas des témoins complices d’une mort programmée de l’Apr. «Le constat est grave, nous sommes au pouvoir sans y être. Les militants de première heure ne se retrouvent plus dans la trajectoire actuelle du parti. Ils sont laissés injustement à leur propre sort. Mais nous avons décidé de faire face», dit-il.

    Par contre, dans les communes rurales du département, notamment à Ngoundiane, avec le maire Mbaye Dione et à Tassette, avec le maire Mamadou Thiaw, secrétaire exécutif du Programme national de développement local (Pndl), Bby vibre et vit pleinement. Des étoiles dans la grande nuit thiéssoise qui enveloppe de son voile ténébreux la coalition présidentielle, malade de ses hommes et de ses structures.

    Par Ousseynou Masserigne Gueye 

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