Wade achève son fils politique (Par Demba Ndiaye)

Le patriarche est un carnivore. Il aime croquer ses fidèles, qui, dans le secret de leurs ambitions se rêvaient dauphins d’un père qui ne l’était que dans le règne de la politique

Même si je déteste tout ce qui est « seigneurie » et autres « monarquo-matines républicains ». Je dirige mes missiles de la semaines vers une cible royale : Me Wade.

A Force de s’entendre dire qu’il était un Prophète (d’accord celui du Sopi dans les temps anciens), – il en a même fait une « constante » qui régente son empire comme il le souhaite -, il y a cru, le vieux, comme je l’appelle depuis trente ans que je le connais et le fréquente. La maison du Point E, était presque ma deuxième salle de rédaction. Ce qui n’allait pas de soi et faisait grincer des dents et me mettait constamment sur la corde raide : entre la source et l’ami par la force des choses ; entre le respect des règles de ma profession et la tentation. Pas loin de la manipulation ; entre la recherche et la course aux scoops et les sables glissants d’une proximité affective et politique. Oui, un équilibre forcément fragile.

Mais le patriarche est un carnivore politique. Il aime surtout croquer les fidèles parmi ses fidèles, qui, dans le secret de leurs ambitions se rêvaient dauphins, héritiers d’un père qui ne l’était que dans le règne assuré de la politique. Ils avaient oublié que les vrais héritiers sont toujours de sanguinité. Cet oubli a envoyé des charrettes de candidats héritiers au purgatoire par le sabre tranchant du monarque père. Inutile de citer ici la liste de ses victimes consanguines…

Et avec son « remaniement » de parti, il réussit deux crimes politiques majeurs : il guillotine les derniers mohicans d’une histoire qui fascina et façonnât trente ans de notre vie politique. D’un autre coté, il chauffe plus que jamais le fauteuil royal pour un héritier dont le seul mérite est d’être le « fils » de la constance. Wikipedia et Google ne vous sortiront pas les faits politiques majeurs de l’ « héritier » avant 2000.

Les mythes sont les marqueurs de l’histoire humaine. Ils participent de la construction des sociétés. Ce sont les légendes urbaines avant l’ère moderne. Religieux, ils peuvent être ; comme la Tabaski, avec la reproduction du geste d’Abraham. Mais Maître n’immole pas son fils, mais ceux des autres. Symboliquement, bien sûr. 

Avec quelle facilité l’amour parental peut s’aveugler au point d’oublier que les brebis qu’on immole ont aussi des parents. J’étais à cette cérémonie sur la corniche quand il lâcha en direction de son fils «  je dirais à ta mère que tu as bien travaillé ». Le pauvre Abdoulaye Baldé était à quelques centimètres de là. Moi aussi. Qui ira dire à la mère du « commando » Baldé qu’on avait envoyé dans les lignes ennemies casamançaises pour redresser un parti moribond ? Je le sais, j’ai accompagne Baldé pendant plus de quatre ans, à raison d’un voyage chaque semaine. Jusqu’à la présidentielle de 2007 avec la « mystique » victoire au premier tour de Maître. Un certain Macky Sall était directeur de campagne du candidat Wade. La première fois que je le revoyais depuis l’avant alternance, et avant sa descente aux enfers.

En ces heures de meurtres en séries, j’ai une pensée presque coléreuse à l’endroit de mes amis, Me Amadou Sall et Babs (je l’appelle ainsi) : votre fidélité à un « mythe vivant » vous a fait oublier les faiblesses humaines. C’était votre Guide vers les terres promises (vous y êtes arrivés en 2000), mais vous avez cru que le « Maître » sera toujours le Guide qui châtie sans doute, mais toujours à raison. C’est la « constante » qui ne se trompe jamais, qui est juste et généreux. Vous avez été mystifié par le mythe d’un père aimant et infaillible.

Comme nous sommes tous héritiers de quelqu’un et d’une histoire, je vous rappelle la question que l’autre se posait et posait à ses camarades bolcheviks : « que faire ? ». Qu’allez-vous vous faire ? Je suis sûr que vous réalisez que vous êtes les dernières « forces spéciales des commandos » du Sopi des années glorieuses. Oui, terrible question pour des officiers qui se rendent compte que le commandement les a abandonnés derrière les lignes ennemis.

Oui, qu’allez-vous faire ?…

Je ne vais quand-même pas oublier « le lion dormant-dormeur ». Et ses pelotons médiatico-idéologiques. Foutez la paix à Khalifa, ou faites ce que vous dicte votre conscience. Pourquoi cette bouillabaisse médiatique sur la « grâce », sa demande ou non ? Le « Buur » veut que l’on fasse allégeance ; que l’on supplie ; que l’on implore ! Foutez la paix à Khalifa ! Faites-le si vous le voulez, mais pourquoi lui demandez de boire jusqu’à la lie ? S’il le fait, il sera foutu devant l’opinion : il demande grâce parce qu’il a fauté !

Et pourquoi toutes ces gesticulations de « civilistes » et autres « Ongéistes », pour supplier le président de grâcier Khalifa ? Merde, il n’a rien demandé. D’accord, Rebeuss n’est définitivement pas un lieu de villégiature où on aimerait recevoir les copains et autres vrais-faux camarades. Mais son destin ! Celui d’homme de convictions qui refuse les compromissions. Vous préférerez qu’il soit libre et exilé en …Guinée équatoriale comme l’autre, dans le désert aux artifices ?

Oui, je comprends la détresse de ses parents, famille, enfants, sa vieille mère. Je comprends qu’ils veuillent sans doute qu’il sorte de ce bagne tropical. Mais pas à n’importe quelle condition. « Civilistes », trouvez d’autres axes de combat que de s’agenouiller devant le Prince pour quémander un pardon pour quelqu’un qui ne l’a pas demandé. Foutez lui la paix ! Que le président prenne ses décisions seul, comme il aime à le faire. Comme le Monarque qu’il rêve de devenir. En son âme et conscience. 

Et si on reparlait de Petrotim-Timis-Aliou Sall. C’est plus qu’une demande sociale non ? Arrêtez de nous enfumer, alors qu’il n’y a pas de pluie (ou l’eau de la SDE) pour chasser nos larmes.

PAr Demba Ndiaye Cébé

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